Monastère des Clarisses de Nérac

Conférence sur sainte Claire

Bonjour et bienvenue pour cette découverte de Sainte Claire.

Comme Claire, se réjouit et est transportée de joie, à l’annonce de l’engagement de sainte Agnès de Prague à la suite du Christ, nous aussi, aujourd’hui nous nous réjouissons de votre présence ici.

Nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer sainte Claire et à travers les paroles de Claire, c’est notre Seigneur Jésus Christ, c’est notre Père du Ciel, c’est l’Esprit Saint que nous fêtons.

Quelques jours avant sa mort, sainte Claire demandait à frère Genièvre, le jongleur de Dieu : « Qu’as-tu à m’apprendre de neuf sur le Seigneur ? » (Vie de sainte Claire chapitre 28). Cette question nous touche encore aujourd’hui. Et si nous la faisions nôtre ?

Ensemble, nous allons essayer de découvrir ce que Claire peut nous apprendre de neuf pour notre vie, ici et maintenant.

A travers ses lettres à Agnès de Prague, nous découvrons les divers centres d’intérêts de Claire. Ce qui remplissait sa vie de joie, si bien qu’à la fin de sa vie elle dira : « Pars mon âme en toute sécurité, car Tu as un bon guide pour la route, pars car Celui qui T’as créée, T’as aussi sanctifiée. Il t’aime d’un tendre amour comme une mère aime ses enfants. Et Toi, Seigneur, sois béni de m’avoir créée. »

Claire avait une âme de feu. Un amour brûlant s’était emparé de son cœur. Et elle alimentait cette flamme tous les jours de sa vie.

Dans les lettres à Agnès de Prague qui nous sont parvenues, elle nous livre le secret de son cœur. ce qui donnait sens à sa vie à Saint Damien.

Dans la deuxième lettre à Agnès de Prague, écrite entre 1235 et 1239, Claire rends grâce à Dieu des vertus dont Dieu a ornées Agnès. Elle se réjouit de tout cela et l’invite à aller de l’avant, à poursuivre sa course à la suite du Christ pauvre et crucifié.

Elle lui rappelle le don qu’Agnès à fait d’elle-même. C’est une chose essentielle, et même la seule qui est nécessaire. « La plus grande de toutes les grâces que nous avons reçues et que nous recevons chaque jour de notre grand Bienfaiteur, le Père des Miséricordes, celle dont nous devons lui être le plus reconnaissantes, c’est notre vocation. »  

Alors, faisons mémoire de notre propre vocation. Qu’est-ce qui me met ou m’a mis en route ? Pourquoi ? Comment continuer à avancer sur ce même chemin ? Voilà des questions importantes pour Claire elle nous invite à ne pas lâcher prise. Elle continue son encouragement en disant : « Ce que tu fais, fais-le bien ; ne recule jamais. »

Faire attention à ce que je fais, comment, y mettre tout mon cœur, mon être, sans regarder en arrière. Toujours aller de l’avant. C’est une course que Claire et Agnès ont entrepris. La course à la sainteté, à la vie avec le Christ, à sa suite. « Va confiante, allègre et joyeuse. Avance avec précaution cependant sur le chemin du bonheur. » 

 Claire n’ignore pas que la vie à la suite du Christ, n’est pas facile tous les jours, surtout lorsque l’on a choisi la pauvreté. Mais au sein de la tribulation, Claire expérimente une confiance et une sécurité, sûre de Celui pour qui elle n’a pas refusé de tout quitter en le suivant.

La suite du Christ que Claire nous enseigne est celle du Christ pauvre et elle continue en montrant ce qu’a accepté notre Seigneur Jésus Christ pour nous durant sa vie. Claire se fait plus précise dans sa description du Christ : « Vois comme il s’est rendu, pour toi, objet de mépris, et suis-le en te faisant, toi aussi, par amour pour lui, objet de mépris pour le monde. Ton époux, le plus beau des enfants des hommes, qui est devenu pour te sauver, le dernier des humains, méprisé, frappé, tout le corps déchiré à coups de fouets, mourant enfin sur la croix dans les pires douleurs »

 Et là, suite à cette description de la Passion de notre Seigneur Jésus Christ, elle donne ce conseil à Agnès : « Regarde-le, médite-le, contemple-le, et n’aie d’autre désir que de l’imiter ! »

Nous voyons ici, ce qui doit faire l’objet de notre regard, de notre méditation, de notre contemplation, et nous pousse à agir dans le sens où nous a conduit notre contemplation.

Mais tout d’abord que veux nous dire Claire lorsqu’elle nous dit regarde, médite, contemple et désire imiter.

Regarde

Claire ne commence pas par la lecture des Ecritures, mais par le regard sur le livre du Christ Crucifié. Cela nous rappelle la rencontre de François avec le Christ Crucifié à Saint Damien et que Claire contemplera tous les jours de sa vie.

Claire nous invite à regarder Jésus avec attention, intérêt, longuement. Un regard aimant, passionné, de gratitude et de douleur envers Celui qui est là sur Croix. Le Crucifié possède une beauté cachée, qui est celle de l’amour qui va jusqu’au bout du Don de Soi.

Médite

Claire veut dire s’arrêter longuement sur le mystère du Verbe incarné qui souffrit et fut crucifié par amour pour nous. Elle nous invite à goûter la douceur cachée de Dieu Père, en ce mystère ; ressentir ce que ressentent ses amis ; faire l’expérience de l’amour du Dieu caché dans la chair, qui fut fouetté, meurtri et battu.

Contemple

La considération du Christ crucifié devrait donc nous conduire, comme Claire, à la contemplation, pour demeurer dans ce mystère de Dieu avec nous et pour devenir un avec cet Epoux.

La contemplation est le regard pénétrant avec les yeux du cœur qui voit la vérité des choses, ou, nous pourrions dire, qui voit la bonté surabondante de Dieu dans la réalité concrète. Pour les Franciscains, tout ce qui existe, chaque personne, plante et créature, tout est créé par la bonté infinie de Dieu et exprime cette bonté par la propre existence.

La contemplation est donc une vision pénétrante, mais c’est aussi un approfondissement d’amour, une action continuelle de transformation, puisque rien n’est plus libérant et actif que l’amour.

Désire imiter

En dressant la carte de l’itinéraire spirituel à Agnès, Claire indiqua que le but de l’union avec Dieu, c’est l’imitation (cf 2Lag 20). L’imitation du Christ est le fruit de la prière. La prière est un approfondissement d’amour en union avec Dieu et l’amour façonne ce que nous devenons, cela signifie devenir l’image du Bien Aimé à travers notre transformation intérieure.

Nous allons découvrir maintenant quels étaient les principaux thèmes que Claire utilisait dans sa prière, pour la conduire à l’imitation du Christ.

La Pauvreté et l’humilité du Christ

Tout d’abord, c’est la Pauvreté du Christ, et donc notre pauvreté. Le pourquoi de cette pauvreté, ces raisons. « Ô bienheureuse pauvreté qui, à ceux qui la chérissent et l’embrassent, procure les richesses éternelles ! »

« Ô sainte pauvreté ! A ceux qui l’ont et la désirent, Dieu promet le royaume des cieux et offre sans l’ombre d’un doute la gloire éternelle et la vie bienheureuse. »

« Ô pieuse pauvreté qu’a daigné embrasser par-dessus tout le Seigneur Jésus Christ, qui régissait et régit le ciel et la terre, qui a dit, et cela fut fait ! »

Nous voyons ici, les raisons que donne Claire. Tout d’abord, c’est un choix. Claire nous dit que c’est de tout l’élan de notre cœur que ce choix doit être fait. Cela demande une participation volontaire forte.

De plus, une deuxième raison que donne Claire, c’est celle qui nous procure des richesses éternelles, le Royaume des Cieux, la gloire éternelle et la vie bienheureuse.

Et la troisième raison, est parce que le Christ lui-même a choisi ce genre de vie pauvre. C’est pour imiter le Christ, lui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, que Claire à la suite de François a choisi ce chemin de la pauvreté.

Claire compare la pauvreté du Christ et donc celle qu’elle nous invite à suivre comme un trésor caché. Trésor caché ou perle rare recherchée, que le Christ nous montre ; celui qui trouve ce trésor vend tout ce qu’il possède pour acquérir ce trésor. Et ce trésor n’est autre que la vie éternelle, commencée dès notre vie ici-bas ; connaître Dieu le Père toujours plus, et vivre toujours plus de Lui et en Lui, par le Christ, dans l’Esprit Saint.

Cela nous rappelle les paroles de l’Apôtre Paul aux Philippiens : « Toutes choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme une perte à cause du Christ.

Pour Claire comme pour l’Apôtre, il s’agit de connaitre, le Christ, la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances. Tout cela pour parvenir à la résurrection d’entre les morts. C’est la même course pour les deux. Courir afin de le saisir, parce qu’ils ont été saisis. Nous aussi, nous avons été saisis par cet amour. Et nous pouvons nous aussi nous élancer vers ce but qu’est la sainteté par le désir ardent de notre cœur.

Dans sa 4ème lettre, Claire compare la pauvreté, l’humilité du Christ et son amour à un miroir dans lequel on peut se regarder pour nous laisser transformer. Cette transformation c’est la ressemblance avec le Christ.

 La vie du Christ

 Un autre sujet très important dans la vie de prière, c’est le regard, la méditation, la contemplation, et l’imitation du Christ, concrètement dans ce que nous découvrons de sa vie dans les Evangiles. Claire parle de divine inspiration à vivre le Saint Evangile :

 L’incarnation

Claire aime prier avec l’Incarnation du Christ. Claire fut fidèle à l’esprit de François et à son désir de vie évangélique. Elle a mis l’accent sur l’Incarnation comme la révélation de Dieu et le chemin pour le rencontrer. La contemplation de Claire est très concrète. Elle regarde effectivement le Christ et Marie dans ce mystère de l’Incarnation.

 Elle reviendra dans la 4ème lettre sur ce qui doit faire l’objet de notre contemplation au sujet de l’Incarnation : « En haut du miroir, en effet, voici la pauvreté de l’Enfant couché dans la crèche et enveloppé de quelques méchants langes, »

 « Humilité admirable et stupéfiante pauvreté : le Roi des anges, maître du ciel et de la terre, repose dans une mangeoire d’animaux ! »

 Comme nous le voyons, Claire est émerveillée de ce mystère de l’Incarnation où le Fils de Dieu repose dans une mangeoire d’animaux. Elle contemple l’humilité et la pauvreté du Christ.

La vie publique du Christ

Claire dans ses écrits parle peut de la vie publique du Christ. Mais les deux passages où elle en parle sont toujours en relation avec notre rédemption, notre réconciliation avec le Père. « Au milieu du miroir, considère l’humilité, c’est-à-dire la bienheureuse pauvreté, les fatigues sans nombre et les injures qu’il a subies pour la rédemption de l’humanité. »

Nous y voyons les souffrances du Christ en lien avec notre salut.

La Passion du Christ

C’est tout simplement le sujet préféré de la contemplation de Claire. Celui qu’elle enseignait à ses sœurs. Celui au sujet duquel elle s’étend le plus. Nous ne regarderons pas toutes les citations. En voici quelques-unes : « Enfin, au bas du miroir, contemple l’ineffable amour qui l’a conduit jusqu’à vouloir souffrir sur le bois de la croix et à vouloir y mourir du genre de mort le plus infamant qui soit. »

Les souffrances du Christ dans sa Passion, sont l’objet de sa méditation, de sa contemplation. Elle y voit tout le mystère et la cause de notre salut qui par amour est allé jusqu’au bout du don de soi.

Elle contemple le voile déchiré du Temple, le voile qui couvrait le visage de Moïse, enfin dévoilé sur la Croix. Notre Seigneur Jésus, sur la Croix est, comme le serpent d’airain, à la fois le signe du péché, et à la fois celui de l’amour, de la miséricorde, du pardon et de la rédemption. Le centurion dira au pied de la Croix : « Vraiment, cet homme est le Fils de Dieu ». Il dit ceci après que le voile du Temple fut déchiré de haut en bas et que Jésus rend son dernier souffle. Jésus avait montré, et donc dévoilé son identité à ses trois disciples sur la montagne de la Transfiguration. C’est tout cela que Claire contemple et qui l’embrase d’amour.

 Vie à la suite du Christ, combat

Claire nous enseigne que la vie à la suite du Christ est un combat qu’il faut poursuivre toute la vie.

L’importance de la pauvreté pour une plus grande charité. Puis elle continue :

« Vous avez rejeté vos vêtements, c’est-à-dire les richesses temporelles, pour que vous ne puissiez absolument pas succomber à l’adversaire et que vous puissiez entrer dans les royaumes célestes par la voie resserrée et la porte étroite. »

 Nous voyons, le combat auquel Claire nous invite à la suite du Christ. C’est le combat contre tous nos égoïsmes, nos péchés. Il nous demande de triompher avec l’aide du Christ contre l’ennemi du genre humain. C’est un travail de toute une vie.

Promesses de la vie à la suite du Christ

Ce combat est pour nous promesses de vie. C’est pourquoi Claire encourage si fortement Agnès, comme elle nous encourage à avancer de tout notre cœur à la suite du Christ. Ce que nous promet Claire sont les promesses même de notre Seigneur Jésus Christ.

Dans la 3ème lettre Claire parle du bonheur de l’union avec notre Seigneur. Contenir en soi le Christ, et la Trinité tout entière. Voilà ce que l’union à Jésus Crucifié nous offre.

Elle continue donc à nous encourager dans cette quête spirituelle. S’unir de tout notre cœur au Seigneur Jésus Christ. « Celui qui m’aime, mon Père l’aimera, moi aussi je l’aimerai, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure. »

« Tu pourras contenir en toi Celui qui te contient, toi et tout l’univers ; »

 Le but de toute la vie de Sainte Claire fut cette union de tout son être à Jésus. Son cœur s’est élargi, dilaté toujours plus par l’amour qu’elle porte à Jésus Crucifié. Dans la 4ème lettre elle ira encore plus loin dans cette union.

Contemplation, Transformation

Le dernier thème qui est cher à Claire est celui de la contemplation et de la transformation. De la contemplation qui mène à la transformation intérieure de tout son être

Pour Claire, la pauvreté est la clé de la Transformation spirituelle. Pour Claire, la pauvreté est liée à l’amour et à la perfection de l’amour qui est beauté. La pauvreté soutient la liberté à l’intérieur du cœur pour regarder l’Epoux et pour embrasser intérieurement l’Epoux. De cette façon, la pauvreté prépare la chambre pour l’amour qui nous rend beaux, car semblables au Christ. L’amour déplace tout ce qui cache la beauté de l’image de Dieu à l’intérieur de nous, nous transformant en la présence du Dieu vivant. « Celui dont l’amour rend plus heureux et la contemplation plus fort, »

 La vie d’union avec Jésus Christ nous dit sainte Claire va jusqu’à cette intimité. Elle est pour tous ceux qui veulent le suivre.

Joie, se réjouir

Un autre thème des lettres de sainte Claire, la joie, se réjouir.

Voici ce qu’elle dit dans sa troisième lette à Agnès : « Les heureuses nouvelles que je reçois de ton épanouissement spirituel et de tes progrès me remplissent d’une joie dans le Seigneur et d’une allégresse »

« J’ai donc bien sujet de me réjouir, et personne ne pourrait me ravir ma joie, je vois réalisé ce que dès cette terre je désire. Qui donc m’interdirait de me réjouir à cette pensée ? »

« Réjouis-toi donc toujours dans le Seigneur, toi aussi, sœur bien-aimée, et ne permets à aucune amertume, à aucun nuage, de venir assombrir ta joie, toi la joie des anges et la couronne de tes sœurs. »

 Nous le voyons ce qui fait la joie de Claire, c’est que l’amour de Dieu dont elle vit, est partagé par Agnès, et par d’autres. Elle voit ses progrès spirituels et elle sait que c’est la Gloire de Dieu. Comme saint Paul, elle se réjouit de ce que la grâce et la connaissance du Père, révélé par le Fils, le Christ Jésus gagne les cœurs.

Conclusion

 Que pouvons-nous tirer de ces leçons reçues de Claire pour notre vie toute entière. Bien sûr, Nous ne pouvons pas tous imiter Claire dans tout ce que nous avons découvert. Mais il y a des pistes qui peuvent être suivies par tous les chrétiens.

J’en vois plusieurs.

Et tout d’abord, celui qui me semble le plus important, c’est le désir de Dieu, le désir d’imitation du Christ. Un prêtre que j’ai connu, qui est décédé depuis, disait dans ses conférences : « Ami n’arrête pas ton désir ». Et voilà ce à quoi nous sommes appelés, que ce désir de Dieu grandisse toujours de plus en plus en chacun de nous, là où nous sommes appelés à vivre. Comme le Christ, comme saint François et sainte Claire mettre le feu au monde, ce feu que le Christ lui-même à désirer : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !» (Lc 12,49)

 La Vie en fraternité.

Pour Claire, nous l’avons vu, la recherche de Dieu ne se sépare pas des autres. La fraternité à un très grand rôle, elle est le lieu de vérification authentique de notre amour pour Dieu. Comment aimer Dieu, si on n’aime pas son frère, sa sœur qui est là à côté de nous. Et là nous avons toujours à nous convertir, pour accepter l’autre tel qu’il est avec ses richesses et ses fragilités et même avec son péché. S’aimer aussi soi-même, car nous ne sommes que des créatures, mais des créatures à l’image et à la ressemblance de Dieu. Aimés à la folie de l’Amour.

Prendre la décision de vivre de l’intérieur la célébration eucharistique qui me permet de recevoir le Pain de la Parole et le Pain Eucharistique. Faire l’expérience que là Dieu veut me parler cœur à cœur, même si je ne sens rien. Me rendre attentif, attentive à ce que l’Esprit Saint me dira, me fera comprendre.

Et tout cela le regard du cœur toujours tourné vers notre Seigneur Jésus Christ qui nous révèle le Père.